LNI #3


Nouvelle écrite à la façon de la Nouvelle infusée, en 20 minutes chrono, le 23 janvier 2017

En buvant #Chai4épices

En écoutant #Yael Naim #Older


Pierre s’est assis dans le coin le plus isolé du salon de thé.

Devant lui, l’Equipe, Libé et un journal de petites annonces.

Le quadra est vouté et éteint.

Nous sommes le 23, dans quelques jours, la paie doit tomber. Devrait tomber.

Pour la première fois depuis qu’il a terminé ses études, Pierre ne recevra pas de salaire à la fin du mois.

Vingt et un ans à trimer, à faire des courbettes, acquiescer aux conneries de ses chefs successifs.

Le mois dernier, il a craqué.

Son patron, pervers narcissique notoire a remis ses compétences de directeur commercial en question devant toute l’équipe.

Cela a été l’humiliation de trop.

Pierre a pris une longue inspiration, s’est levé calmement et a lâché tout ce qu’il avait retenu depuis 7 ans; 7 ans a supporter les brimades de ce crétin.

Résultat : la porte manu militari.

Militari car il aura bien fallu le service de sécurité de la boite pour le fiche dehors.

Voilà, depuis, il y a eu les fêtes de Noël, les vacances au ski, le jour de l’an à Madrid et pour finir les soldes depuis 10 jours.

Pierre se demande quand est-ce qu’il va oser avouer à Mathilde qu’il a été viré. Et encore, si seulement il avait été viré mais non, quand son patron l’a fichu dehors, il a bêtement répondu devant plus de 15 témoins :

– Je ne vous ferai pas ce plaisir. Ce n’est pas vous qui me virez, c’est moi qui vous donne ma démission.

Voilà comment on renonce en une phrase à ses indemnités de licenciement et de chômage à la fois.

Pierre pense beaucoup au suicide depuis une semaine. Il n’est pas au fond du gouffre mais il ne voit vraiment pas comment il va oser parler à Mathilde. Elle va piquer une de ses crises. Et les crédits sur l’appartement ? sur la maison de campagne ? l’année Erasmus de l’ainé ? l’école privée du cadet ?

Le problème de Pierre finalement c’est qu’il n’est pas désespéré au point de se foutre en l’air. A bien y réfléchir, il est même plutôt plus heureux depuis qu’il ne bosse plus pour son idiot de patron ; mais il ne voit pas d’autre solution.

A moins que.

Voilà, c’est ça. Pierre se redresse, un sourire illumine son visage.

Il va quitter Mathilde. La voilà, la solution. Il lui avouera dans quelques mois chez les avocats qu’il a démissionné car il voulait tout recommencer, tout changer dans sa nouvelle vie.

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