LNI #1


Nouvelle écrite à la façon de la Nouvelle infusée, en 20 minutes chrono, le 19 janvier 2017

En buvant : #ThéBlancBergamotte

En écoutant : #BenjaminClémentine  #AtLeastForNow


Catherine est assise jambes croisées, silencieuse depuis bientôt cinq minutes.

Face à elle, Alain, son mari lit Le Monde sur son téléphone.

Leur fils est encore en retard. Depuis le temps, elle devrait être habituée mais elle ne peut s’empêcher d’y voir un manque de respect à chaque fois.

Parce que c’est Bruno, parce que c’est son aîné et peut-être même son préféré, elle ne dira rien quand il arrivera enfin.

La sexagénaire regarde ses mains puis fouille nerveusement au fond de la poche de sa doudoune. Elle sort un petit pot de baume à lèvres qu’elle applique soigneusement, le range, extirpe d’une autre poche, une crème pour les mains.

– Bruno est toujours en retard.

– Tu l’as été tout au long de ta vie professionnelle. Tu n’es pas très bien placé pour t’en plaindre mon chéri.

– Peut-être mais moi j’avais un vrai boulot.

– Ne recommence pas Alain, s’il te plait.

Un nouveau silence s’installe avant que Catherine narquoise ajoute :

– Alors c’est simplement héréditaire.

Piqué, Alain retire ses lunettes et ronchonne :

– Alors tu m’expliques pourquoi ses sœurs sont toujours à l’heure, elles ?

– Chut, s’il te plait Alain, il arrive, je ne veux pas d’histoire par pitié.

– On peut plus rien dire dans cette famille en fait.

Bruno entre en trombe dans le petit salon de thé, son fils cadet sous le bras.

Il n’embrasse ses parents que du bout des lèvres mais Catherine s’en contentera bien; elle est si heureuse de voir son petit fils. La dernière visite remonte à Noël.

– Bon, euh, allons-y, je n’ai pas envie de lui enlever son manteau et tout le bazar.

Quelques minutes plus tard, les voilà assis face à un banquier de 25 ans tout au plus.

– Bien, donc si j’ai bien compris, nous allons procéder au recouvrement de la dette de votre fils qui s’élève à… ah oui quand même. Donc, je vais effectuer le virement de votre compte vers le sien.

Le père de Bruno dépose sur son fils de 38 ans le même regard que 20 ans plus tôt lorsqu’il lui avait annoncé qu’il arrêtait la fac pour vivre ses rêves.

– Et donc, nous gageons votre résidence principale pour couvrir les 4 échéances du crédit de Monsieur, également en souffrance et en prévision des 3 prochaines traites.

Catherine dépose sa main sur le genou de son fils et lui adresse son sourire de maman, le plus réconfortant :

– Ne t’inquiète pas mon chéri, nous serons toujours là pour toi.

– Ça va maman, pas besoin de verser dans le pathos non plus.

Catherine ravale sa surprise, sa déception et son amour débordant pour ses enfants.

– Merci papa. Nous vous rembourserons vite, promis.

– Ouai bien sûr, peste le père excédé.

– Prends ton temps mon chéri, ajoute Catherine en caressant les cheveux de son petit fils.

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