La cérémonie

La Cérémonie

Septembre 2016


Nouvelle écrite pour le concours EcrireAuFeminin.

Thème imposé « Plus rien ne serait jamais comme avant » / Contrainte 3000 signes maximum espaces compris.

Jusqu’à ce texte, je pensais que pour une pipelette comme moi, écrire une histoire en 3000 signes était tout bonnement impossible.

#Alleràl’essentiel     #CouperDansLeTexte     #HuileEssentielled’Histoire     #MaisSiC’estPossible


Les attachées de presse de la boite avaient encore assuré à mort.

Pour reprendre l’expression favorite de Marc “c’était noir de monde”.

Les femmes étaient élégantes. Les hommes avaient revêtu le costume de rigueur.

L’ambiance était tout à la fois pesante et flottante. La griffe de Marc était omniprésente.

Les pensées de Zoé étaient sans cesse interrompues.

« Salut Zoé, tu vas gérer, j’en suis sure. »

« Bonjour Zoé. C’est si soudain. Comment allez-vous ? »

Elle avait travaillé dur et gravi les échelons un à un. En moins de dix ans, la jeune trentenaire était devenue l’une des femmes les plus puissantes de son secteur. Elle s’était même offert le luxe de s’associer à l’homme qui lui avait donné envie de faire ce métier .

Machinalement, elle le chercha dans la foule; Marc, son binôme, son mentor.

Le flot de ses pensées fut encore interrompu. Tout le monde voulait la saluer.

« Tu m’as l’air perdue ma chérie. J’imagine que tu as du mal à réaliser. » On l’embrassait, on l’encourageait. On la félicitait même déjà du bout des lèvres. La presse était là; Elle aussi; dans l’attente de l’annonce officielle.

Deux jeunes cadres se saluaient en se félicitant de leur promotion respective :

– C’est bien que tu aies pu te libérer

– Pas eu le choix. Tout le gratin est là. Cette semaine, c’est THE place to be.

Les cartes de visites passaient de main en main. On distinguait ici ou là quelques rires échappés.

Cela était sûrement la semaine la plus importante de sa carrière. Zoé ne put s’empêcher d’en vouloir à Marc de ne pas lui remettre les rênes du mastodonte en main propre.

On prit la parole avant elle mais elle n’avait pas la tête à écouter d’interminables discours.

Puis vint son tour. Elle s’appuya sur le pupitre et fit face à l’audience, les mains bien à plat pour dissiper la nervosité. Les mots s’alignèrent bien à leur place, appris par cœur jusqu’à l’aube.

Elle dit comme elle était émue d’être là, devant ces quelques trois cents personnes. Elle dit comme la présence de chacun lui réchauffait le cœur. Elle prit le temps de remercier, un à un, les quatorze membres du conseil d’administration qui lui avaient accordé leur confiance en la nommant PDG un peu plus tôt dans la semaine. Elle mentionna le soutien et le regard bienveillant de Marc qui lui aurait été tellement utile un jour comme aujourd’hui puis conclut que désormais rien ne serait plus jamais comme avant : il lui fallait succéder à celui qui lui avait tout appris.

L’émotion prit le dessus quelques instants.

Zoé sentit les sanglots s’amonceler dans sa gorge. Elle marqua un long silence, essuya d’un geste nerveux les prémisses d’une larme et quitta le pupitre précipitamment. La jeune femme passa devant Marc en feignant de ne pas le voir mais elle se ravisa et fit quelques pas en arrière. Elle le regarda une dernière fois, posa la main sur son cercueil et un dernier baiser sur sa joue glacée. Zoé quitta le cimetière d’un pas décidé.

Elle avait deux jours pour reprendre le dessus; Lundi, une réunion à plusieurs millions d’euros l’attendait.

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