Quand le diable sorti de la salle de bain de Sophie Divry

Première fois que je lis Sophie Divry, auteure lyonnaise chaudement recommandée par ma tante aka London by tata.

L’histoire d’une jeune femme au chômage et bien en galère qui nous décrit par le menu son quotidien de dèche.

Sujet pas vraiment glamour mais traité avec brio.

Je ne peux pas vraiment dire qu’il y ait une histoire ou même une fin d’ailleurs à ce roman.

C’est avant tout une expérience de lecture qui entre en raisonnance avec son lecteur, consentant ou non. Lire ce roman, c’est traverser les semaines de disette de la narratrice et ça file un bon coup dans ta tronche.

Tu te cales dans ton canapé,  te sers une tasse de thé, tu lis, tu pèles ta mandarine bio, tu tournes les pages, tu croques dans ton carreau de choc 91% pur cacao et tu te sens une foutue privilégiée, chanceuse parmi les chanceuses, simplement parce que tu pourras demander une extension de découvert à ton banquier si besoin. Loin d’être riche, tu vis à crédit mais tu mesures ta chance de ne pas compter les centimes pour acheter soit du pain soit du lait dès le 10 du mois.

Ce récit plutôt glauque, vrai, réel, vécu de la misère, version 3ème millénaire, a cela de précieux qu’il raconte la misère ordinaire.

Pas la rue, non.

La misère un cran juste en dessous, celle que l’on accuse de tous les mots, que l’on cache à coup de Rsa, que l’on ne veut pas voir tellement on la redoute, qui n’attire jamais la compassion ou la sympathie. Un sujet rarement évoqué donc un livre indispensable.

L’héroïne-narratrice manque de tout mais est riche de mots, d’images et son imagination est sans limite.

Elle dresse des listes à n’en plus finir, étire des métaphores jusqu’à plus soif, donne des énumérations qui se transforment en catalogue de 3 pages (je n’exagère pas, je jure que c’est vrai !). Parfois, cette richesse de langage m’a fasciné, d’autres j’ai trouvé ses litanies imbuvables et j’ai lu en diagonale.

La forme n’en est pas une.

La syntaxe, la mise en page, la structure, tout part en live.

Les personnages exigent même des choses de la narratrice quand ils estiment qu’elle n’écrit pas ce qu’il faut. Comme s’ils étaient des acteurs qui venaient réclamer des scènes au scénariste. Et ça, ça m’a vraiment fait marrer.

Les codes ? Quels codes ?

Aux chiottes les codes !

Il y a quelque chose de brillant chez Sophie Divry mais je ne saurais dire quoi exactement. Je suis certaine que malgré certains passages bien coriaces qui m’ont un peu saoulée (trop de listes tue la liste), je relirai avec plaisir un autre de ses romans.

 

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